Quelques grandes villes suffiraient pour assurer la renommée de la Toscane : Florence, la magnificence de ses monuments et de ses œuvres d’art, illustrant le monde de la Renaissance et la puissance des Médicis ; Pise, son étrange tour et ses palais se reflétant dans l’Arno ; Lucques, ses remparts et le souvenir de Puccini. Mais l’âme de la Toscane se révèle encore plus dans le charme unique de ses campagnes qui paraissent inchangées depuis près de 6 siècles.
Avant tout s’imposent les paysages par la douceur de leur relief et leurs couleurs. En s’éloignant de Florence vers le Sud-Est, c’est à l’abord du Val d’Elsa que les forêts plus clairsemées laissent apparaitre une succession ininterrompue de modestes collines verdoyantes. En poursuivant au Sud vers le Val d’Orcia, on atteint les harmonies les plus inoubliables : vallons étalés à l’infini parsemés de petits bourgs, et de fermes ou villas imposantes ; entrelacement des rangées impeccables de vignes et d’oliviers ; omniprésence des cyprès, droits comme des I, sentinelles des propriétés, des routes ou du sommet des collines ; large palette de couleurs chaudes, du vert pâle des prairies au brun deslabours en passant par le vert sombre des cyprès et les ocres jaune et rouge sur les murs des maisons.
A cette sérénité de la nature répond la force tranquille des villes et des villages qui s’y insèrent avec leur longue histoire. Toujours haut perchés, bardés de remparts, ils témoignent du souci d’indépendance des communautés villageoises qui jouèrent sur les rivalités entre le Saint Empire Romain Germanique et la Papauté ou ont résisté aux princes de Florence ou aux envahisseurs étrangers. Tous ces sites laissent paisiblement une masse croissante de touristes découvrir les traces de leur splendeur passée, dont sont inspirés des récits de Pétrarque ou Dante, ou qu’a décrits Chateaubriand. Certains sont restés peu connus, mais d’autres sont devenus célèbres. Sienne, avec son Palazzo Pubblico, symbole des luttes municipales, planté devant la Piazza del Campo, où s’affrontent chaque année dix cavaliers dans la course mondialement célèbre du Palio. Pienza, où le Pape Pie II transforme au 15ème siècle son village natal en une Cité de la Paix, modèle de simplicité et de pérennité. A quelques kilomètres, Montalcino, réputé pour son vin rouge, le Brunello, rival du Chianti plus connu.
Cette agriculture rentable et la forte attraction touristique font de la Toscane une région actuellement plutôt privilégiée en Italie pour le revenu par habitant, le taux de pauvreté, le niveau d’emploi. Le pays tout entier est en effet frappé par la morosité économique depuis quelques années : hausse du Produit Intérieur Brut (PIB) de moins d’1%, second endettement public le plus élevé de l’Union Européenne à 137% du PIB, faiblesse des investissements de modernisation. L’équipe politique en place depuis 4 ans – durée la plus longue depuis 1946-compte certes quelques succès à son actif : une division par 2 du déficit budgétaire réduit à moins de 4% ; la mise en œuvre jusqu’à fin 2026 d’un Plan National de Reprise et de Résilience (PNRR) de 240 millions d’EUR financé par l’Union Européenne (UE) et centré sur un développement des énergies renouvelables et des infrastructures de transport. Mais les difficultés restent nombreuses : impacts du PNRR encore incertains, paupérisation accrue due aux baisses de subventions publiques, forte réduction du taux de fécondité ramené à moins de 1,2 et devenu le plus bas de l’UE.
Pour sa part, la Toscane affronte particulièrement trois contraintes. La première est celle de cette crise démographique qui la pénalise face à des besoins importants en main d’œuvre, permanente et saisonnière, pour ses secteurs phares de l’agriculture et du tourisme. En la matière, le pragmatisme politique a favorisé des réactions rapides et efficaces. Dans les plantations, les hôtels ou les restaurants, les personnels originaires d’autres régions d’Italie ou de l’étranger ont augmenté. Les mesures d’accompagnement souvent prises pour l’hébergement et le transport des arrivants ont facilité l’intégration, mais les positions vis-à-vis des migrants semblent se durcir. L’accélération du changement climatique est aussi perturbante : la région a subi cet été plusieurs épisodes de canicule, qui se sont terminés par de violents orages et des inondations. Les mesures d’atténuation et d’adaptation requises seront cruciales pour l’agriculture comme pour le tourisme et pourraient imposer des moyens additionnels au PNRR. De même, l’ancienneté de certaines infrastructures autant que le vieillissement de la population, bien visibles dans les villages, exigent la réalisation à bref délai de rénovations ou de nouveaux investissements, afin que l’attractivité des sites se maintienne intacte pour les visiteurs comme pour les habitants.
De nouveaux défis attendent donc la région. Gageons que le dynamisme historique et l’esprit de résistance qui la caractérisent pourront faciliter l’adoption de solutions adéquates par ses acteurs politiques et économiques, dans la préservation de l’identité toscane.
Paul Derreumaux
Article publié le 30/09/2026