Le monde attend avec impatience les résultats des élections législatives américaines de mi-mandat en se demandant ce que celles-ci pourraient apporter comme changement à la politique des Etats-Unis. Depuis deux ans, le Président élu a en effet détruit une grande partie des repères antérieurs qui structuraient de longue date les relations internationales entre la première puissance économique et militaire du monde et le reste de celui-ci : mise en doute d’alliances stratégiques, retrait de l’accord sur le climat, suspension de nombreux financements internationaux, taxes commerciales erratiques, rapprochement étonnant avec la Russie. Il a aussi lancé en solo, en dehors de toutes les règles diplomatiques, des interventions brutales, dont la dernière a déstabilisé au niveau planétaire, depuis huit mois et pour une durée inconnue, le secteur de l’énergie, la croissance économique et plusieurs équilibres géostratégiques, sans qu’aucun objectif annoncé n’ait été atteint, ni même compris.
Ce feu d’artifice de décisions désorientantes, ponctuées de revirements aussi soudains que peu compréhensibles, a pu toutefois être freiné, et parfois remis en question, par certaines institutions nationales qui ont démontré que la démocratie américaine continuait à vivre : la Cour Suprême pour les taxes, le Congrès pour les limites aux engagements guerriers et la Fédéral Reserve pour la politique monétaire par exemple.
Si les sondages pour les élections de la semaine prochaine pronostiquent une défaite du camp républicain plus ou moins conséquente, la situation au lendemain des élections reste incertaine et quatre scénarii sont envisageables.
Le plus inquiétant serait une défaite des candidats trumpistes refusée par le Président, y compris de manière violente, comme l’avait été celle de l’élection présidentielle de 2020. Il ouvrirait une ère de blocages politiques, d’affrontements possibles et d’inquiétude profonde sur le fonctionnement des institutions. Les dernières affirmations du Président seraient rassurantes sur le rejet de cette crainte, s’il n’y avait pas tant d’exemples de changements d’avis antérieurs.
Le plus improbable serait que les sondages unanimes étaient tous erronés par suite d’une remontada en fin de campagne des partisans du Président, fondée à la fois sur les affirmations contestables de ses succès et sur le dénigrement des mauvais exemples tel celui de la France. Le chef de l’exécutif se sentirait alors plus dispensé que jamais de toute retenue et libre de décisions au moins aussi instinctives et virevoltantes que les précédentes. La poursuite d’un tel comportement pendant les deux années à venir risque fort d’accroître encore le désordre actuellement observé à l’international, voire de conduire à des désastres irréparables. S’il se concrétisait, ce cas de figure serait donc au moins aussi préoccupant que le premier.
Le troisième serait celui d’un premier signal de changement et consisterait dans une courte victoire validée du camp démocrate dans une des deux Chambres du Congrès. Dans ce cas, des garde-fous constitutionnels et légaux plus nombreux pourraient être opposés aux initiatives du Président et être mis en œuvre par des pouvoirs législatif et judiciaire mieux armés à cette fin. Il est cependant probable que M.Trump s’efforcerait d’utiliser de toutes les manières possibles l’espace de liberté qui lui reste pour les deux dernières années de son mandat, que les troupes du pouvoir MAGA resteraient mobilisées contre ces tentatives de résistance à la politique présidentielle, et que les nouvelles équipes adverses n’aient pas encore redéfini tous leurs moyens et objectifs. Durant ces années 2027/28, les changements intervenus aux Etats-Unis risquent ainsi de provoquer de fortes tensons à l’intérieur du pays, mais d’être encore peu visibles au niveau international où pourraient encore apparaitre de nouveaux espaces de confusion.
Le dernier scénario serait celui le plus impactant et correspondrait à une victoire démocrate dans les deux composantes du Congrès. Le coup d’arrêt des initiatives incontrôlées du Président et de ses proches serait alors sans doute plus marqué et une remise en ordre pourrait même intervenir avant 2028 dans plusieurs domaines cruciaux comme celui de la politique budgétaire et fiscale, du respect du droit international, de la lutte contre le dérèglement climatique, de la relance de l’aide au développement. Encore faudrait-il que les démocrates, actuellement répartis entre plusieurs tendances fort distinctes, puissent parler d’une seule voix. Encore faudrait-il aussi qu’un partenaire comme l‘Union Européenne gagne dans le même temps en cohésion et en autorité pour reconstituer avec les Etats-Unis une alliance occidentale crédible et plus attentive aux attentes légitimes du monde en développement.
La prudence reste de mise dans tous les cas. Et, même avec la vision la plus optimiste, les dégâts causés en deux ans exigeront de grands efforts pour être réparés.
Paul Derreumaux
Article publié le 02/11/2026