Entrée en bourse de Bridge Bank Group Cote d’Ivoire (BBGCI) : Deux premiers enseignements concrets

La sursouscription récente des 20% de son capital vendu sur la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) par la banque BBGCI est une grande réussite du marché financier pour 2026. Plus notable encore est l’annonce par la presse que les particuliers représenteraient plus de 58% de la demande reçue, soit quelque 55 milliards de FCFA sur les 95,8 milliards de FCFA collectés, et que des mécanismes d’allocation privilégieront cette catégorie d’actionnaires, et notamment les plus modestes.

Deux leçons immédiates semblent pouvoir être tirées de ces quelques données.

Pour BBGCI, le futur actionnariat « flottant » sera composé d’une part inhabituellement importante de particuliers. Ceux-ci ont, surtout en zone francophone, un comportement réputé plus « patrimonial » que purement financier, à la différence des autres investisseurs, notamment institutionnels. Pour ces personnes physiques, et notamment celles de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), l’achat d’actions est aussi un « coup de coeur » pour une entreprise qui leur est familière. Leur investissement est souvent fait pour durer, en vue de revenus réguliers complémentaires. voire pour être transmis à leurs descendants. Ce lien de confiance les rend plutôt moins sensibles aux gains à réaliser par des achats et ventes d’actifs, et est en conséquence un atout pour une meilleure stabilité des cours du titre investi. Cela n’empêche pas ces acteurs, dans les Assemblées Générales, d’être vigilants sur les fondamentaux de la société. Mais ils le sont avec un esprit de fidélité et de patience attentifs à la qualité des options stratégiques défendues par les dirigeants

Pour la BRVM, le constat confirme la profondeur du gisement d’épargne individuelle prêt à s’investir directement dans des entreprises locales, dès lors que sont réunies toutes les occasions favorables : visibilité et crédibilité suffisantes des sociétés cotées, environnement économique prometteur, supervision performante des Autorités du marché, facilité et coûts modérés des opérations de bourse, communication optimale sur les opportunités. Ces capitaux pourraient être exploités pour concrétiser une ambition forte de la BRVM : intensifier l’utilisation du marché pour les augmentations de capital des sociétés cotées. Des secteurs porteurs comme les banques, les sociétés de télécommunications, l’énergie devraient être attractifs pour ce public. Les banques pourraient notamment renforcer ainsi leurs fonds propres, à l’image de certaines homologues anglophones.   Les mécanismes existent pour réduire les risques de dilution excessive des actionnaires de référence pouvant en résulter, telles les actions de préférence ou des augmentations de capital bien calibrées.

Il reste donc à espérer que l’expérience observée sera reproduite et approfondie, pour de nouveaux développements du marché financier.   

Paul Derreumaux

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