2- ENERGIES RENOUVELABLES EN AFRIQUE

PARTIE II : LES INEVITABLES INEGALITES A VENIR

En Afrique aussi, l’utilisation des Energies Renouvelables (EnR) est devenue une réalité. Pourtant, en Afrique subsaharienne (ASS) notamment, l’immense potentiel est très sous-employé et les situations nationales sont disparates (1). Les actions en cours ou prévues risquent d’approfondir ces inégalités.  

En 2025, dans le monde, les EnR, et particulièrement le solaire, sont globalement devenues pour la première fois la principale ressource énergétique. L’ASS ne suit pas encore en moyenne le même rythme de transformation structurelle, même si l’augmentation des EnR se poursuit et se renforce. L’hydraulique garde la première place et de nouveaux barrages sont achevés ou en cours, comme Busanga en République Démocratique du Congo ou Manbilla au Nigéria. Dans l’éolien, l’Afrique du Sud reste très prédominante mais de nouveaux projets apparaissent par exemple au Sénégal et à Dijbouti. Le développement de la géothermie en Afrique de l’Est devrait bénéficier des retombées de la convention signée en 2025 entre le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie et l’Agence Française de Développement.

L’expansion du solaire est, comme ailleurs, la plus vive, et s’observe autant dans les constructions de centrales que dans les investissements individuels : le but affiché est de doubler les installations sur les trois années à venir. Les avancées en matière de batteries -passage du plomb au lithium, meilleures performances, baisse des coûts – étendent la durée des usages et leur diversité – de l’éclairage public, en ville ou sur les routes, aux réfrigérateurs en passant par les motopompes.  Et pourtant, les contradictions subsistent ici globalement : la croissance du solaire y reste moins vive que dans le reste du monde et le taux d’utilisation du potentiel existant est toujours plus faible que celui des autres EnR. Deux explications financières jouent ici un rôle essentiel. Pour les investissements de grande taille, impliquant les Etats, les financements extérieurs sont souvent influencés par d’autres facteurs qu’une exploitation maximale des potentiels recensés – capacités de remboursement des pays, financements liés, autres projets en cours- tandis que les arbitrages des Autorités nationales sont aussi soumis à d’autres urgences comme l’insécurité et les autres infrastructures. Pour les investissements individuels ou de taille modeste, les acteurs financiers nationaux restent curieusement peu motivés par ces secteurs promis à une grande expansion.

Globalement, l‘évolution observée en ASS apparait donc décevante.  Un changement radical de rythme supposerait de nouvelles approches encore à concevoir ayant un fort effet d’entrainement. Quelques pistes apparaissent cependant.

L’une est l’élargissement maximal des usages d’une électricité décarbonée comme semblent le promouvoir plusieurs pays d’Afrique de l’Est, en avance dans les EnR, pour la mobilité urbaine.Une étude récente (2) y montre en particulier le démarrage rapide des ventes de voitures électriques avec un parc de 150 000 estimé sur un ensemble de 5 pays. Outre l’attrait des baisses de prix appliquées par les constructeurs chinois, le succès est dû en bonne partie aux mesures concrètes des Etats pour pousser les usagers à ce choix : suppression de taxes à l’importation au Rwanda, interdiction d’importation de véhicules thermiques en Ethiopie, achat de voitures électriques par certaines administrations. Les effets de cette politique volontariste illustrent le caractère décisif de la gouvernance publique en ce domaine comme dans tous ceux liés au développement économique national. Cette approche ouvre aussi d’autres opportunités : réduction des importations de carburant au moment où la guerre en Iran souligne l’intérêt de cette stratégie ; implantation de nouvelles activités liées aux bornes de recharge, à l’entretien et la réparation des véhicules et des batteries. L’engouement des ménages pour le solaire dans les capitales de la plupart des pays africains pourrait ouvrir cette voie ailleurs.

Un second facteur déclenchant crucial serait la présence d’institutions financières locales – banques, assurances, microfinance, fonds locaux d’investissement,… – massivement engagées dans les concours aux acquéreurs-utilisateurs de ces nouveaux instruments. L’excellente santé des banques sur le continent, les larges disponibilités actuelles en ressources, la bancabilité désormais mieux assurée du financement de tels investissements pour des individus ou pour des entreprises de taille modeste grâce aux baisses de prix des matériels, la présence désormais fréquente d’institutions de garantie rendent cette intensification possible. Des stimuli apportés par les Etats et les banques Centrales la faciliteraient notablement. Ces financements adaptés sont en tout cas une condition obligatoire d’un changement de paradigme.      

Sur un autre plan, des pays économiquement importants ont inscrit dans leurs Plans de Développement l’ambition d’un net accroissement du taux d’accès à l’électricité à terme rapproché -voire pour certains de l’électricité pour tous en 2030- et, simultanément, une consolidation de la part des EnR, tels le Nigéria ou la Côte d’Ivoire. La place éminente donnée à cet objectif, jointe aux récentes performances économiques globales de ces nations, permettent d’espérer qu’elles génèreront des poussées significatives au niveau moyen de l’ASS. Dans certains cas, ce bond pourrait être lié à de nouvelles formes d’EnR. Ainsi la Côte d’Ivoire devrait achever en 2026 à Aboisso sa première centrale de bioénergie à partir de déchets végétaux. Grâce à ses autres projets dans la même filière, le pays annonce que les EnR dépasseront le seuil des 40% en 2030. L’initiative sera sans doute reproduite dans d’autres pays : les déchets végétaux ou du bois sont en effet une source d’énergie considérable en ASS, mais leur transformation industrielle reste à venir.

Les EnR n’apportent donc pas pour l’instant à l’ASS un saut quantitatif et qualitatif semblable à celui du téléphone mobile. Elles nourrissent cependant un mouvement qui, même s’il touche d’abord un nombre limité de périmètres déjà économiquement favorisés, atténuerait en ASS un retard très pénalisant et pourrait s’étendre dans d’autres parties de l’ASS. Une chance à saisir absolument…  

  • : Cf. Les Energies renouvelables en ASS : Partie I (Post du 25/06/26)
  •  Cf. Johannes Oetjen « Vers la mobilité électrique en Afrique de l’Est »( journal Les Echos du 9 juin 2026)

Paul Derreumaux

Article publié le 08/07/2026

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