1- ENERGIES RENOUVELABLES EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE :

PARTIE 1 : UNE MUTATION ENGAGEE MAIS DISPARATE

Il y a 20 ans, discrètement mais à grande vitesse, l’Afrique engageait une révolution de ses télécommunications avec la généralisation du téléphone mobile, qui rendait obsolètes des téléphones fixes onéreux et souvent défaillants. A ce jour, le continent reste non seulement un des leaders mondiaux dans l’usage de cet instrument, mais en a fait aussi un moyen performant d’inclusion financière avec le mobile money.

Une mutation du même ordre pourrait-elle s’engager en matière d’énergie, notamment dans une Afrique Subsaharienne (ASS) en grand retard, grâce à une montée en puissance rapide des Energies Renouvelables (EnR) et aux effets positifs qui pourraient en découler ? Le continent est particulièrement bien placé pour ses dotations en chacune des 4 principales sources d’EnR actuellement utilisées : éolien, hydraulique, géothermie et, plus particulièrement, solaire, pour laquelle le continent dispose d’une position unique qui représenterait 60% du potentiel mondial. La mise en valeur de ces atouts naturels a pourtant longtemps buté sur des handicaps cruciaux : coût élevé et rentabilité différée des investissements, complexité technique de leur réalisation, manque des financements à long terme ajustés à la rentabilité des opérations… En ASS en particulier, ces obstacles sont aussi les plus difficiles à lever. Ici, le potentiel existant n’est donc encore globalement utilisé qu’à quelques points de pourcentage -parfois moins de 1%-, alors que la demande en énergie, stimulée par la poussée démographique, l’urbanisation et les actions de développement, continue à croitre rapidement.   

Pourtant, la montée en puissance des EnR est maintenant bien réelle et s’accélère, favorisée par au moins trois facteurs. Le premier est issu de la baisse de certains coûts d’investissement, et des progrès techniques réalisés : ces avantages touchent notamment l’énergie solaire, la plus abondante et la mieux répartie sur le continent, et la plus divisible dans son offre – de la grande centrale au simple panneau photovoltaïque.  Ceci explique que cette source contribue à réduire des difficultés majeures : le retard extrême d’accès à l’électricité dans les zones rurales avec les systèmes off-grid ; les longues périodes de pénurie de courant dans certaines grandes villes grâce aux achats individuels d’équipements solaires(1). En second lieu, les insuffisances des infrastructures et systèmes énergétiques existants en ASS rendent encore plus opportun d’y privilégier la construction immédiate d’une énergie décarbonée et de bénéficier ainsi des améliorations rapides en productivité observées sur ces technologies. Enfin, la reconnaissance dans le monde de l’urgence de la lutte contre le dérèglement climatique, consacrée par la tenue annuelle des Conférences Internationales (les COP), et notamment celle de Paris en 2015. Cette mobilisation   générale, malgré ses imperfections, a constitué une puissante incitation, pour les bailleurs internationaux et continentaux, à accroitre leurs financements et à mieux les adapter aux besoins. Pour l’ASS en particulier, les concours vers ces nouveaux secteurs peuvent aussi être souvent conçus pour promouvoir un développement économique plus durable.   

Quelques indicateurs montrent l’effectivité encourageante de l’accélération des changements en cours. Au plan global, la part des EnR dans le total des capacités d’énergie de l’ASS s’est élevé de 19% à quelque 25% durant la dernière décennie. Ces sources nouvelles constituent donc une part essentielle des actions menées sur la période qui ont permis au taux moyen d’accès à l’électricité de passer, selon la Banque Mondiale, de 38% à plus de 53% sur cette période, malgré une croissance de 26% de la population sur ces 10 ans. Les réalisations concernent toutes les EnR : construction achevée ou en cours de nombreuses centrales solaires, de l’Afrique du Sud au Ghana en passant par le Nigéria ; achèvement du barrage géant de la Renaissance en Ethiopie, extension des capacités géothermiques en Afrique de l’Est ; déploiement de multiples installations en solaire, en hydraulique et en éolien en Afrique du Sud qui dépasse désormais une capacité d’EnR supérieure à 15 GW, …….

Mais les constats révèlent aussi une grande inégalité des situations selon les zones géographiques. Celle-ci existe déjà au niveau des potentiels recensés, hormis pour le solaire, : l’éolien se situe surtout en Afrique du Nord et sur les côtes, notamment à l’Ouest ; l’hydraulique dans l’Afrique centrale au sens large ; la géothermie, qui présente l’avantage par rapport au solaire de ne pas être une source intermittente, en Afrique de l’Est. Or, les coûts d’investissement pour l’exploitation de ces sources et la productivité de celles-ci sont différents et évoluent de manière distincte, rendant plus ou moins faciles les mutations recherchées. De plus, en aval, le mix énergétique des pays est à des niveaux fort variables. Ainsi le Kenya, qui atteint un taux d’accès à l’électricité supérieur à 76%, est souvent cité en modèle puisqu’il obtient près de 85% de son énergie électrique à partir des ENR. Environ 10% proviennent de l’éolien, à travers notamment le parc immense de Turkana, 30% de l’hydraulique et 40% de la géothermie où le pays occupe la 8ème place mondiale. Une petite dizaine de nations d’Afrique de l’Est ou Australe, telles l’Ethiopie ou la Zambie, disposent aussi de plus de 80% d’EnR dans leur capacité énergétique, soit une proportion largement supérieure à la moyenne mondiale. Mais ces cas restent des exceptions. Ainsi, en Afrique de l’Ouest, les EnR représentent une fraction nettement plus réduite d’une production nationale d’électricité qui couvre elle-même la plupart du temps moins de 50% de la demande : dans quelques pays, sahéliens ou non, de ce périmètre, les EnR sont à moins de 20% du total. En Côte d’Ivoire, première puissance régionale dont le Produit Intérieur Brut avoisine 75% de celui du Kenya, le taux d’accès à l’énergie dépasse approche 75% en 2025, mais les EnR, surtout centrées sur l’hydraulique, s’élèvent seulement à 34% du total, avec une projection à 45% en 2030.

A l’évidence, une montée en puissance déterminante des EnR en zone subsaharienne risque d’être plus complexe et plus lente que celle qui avait marqué les télécommunications mobiles. Il est vrai que les acteurs, les conditions requises, les enjeux sont différents.  Pourtant, l’importance des bénéfices d’une telle transformations exige de multiplier les efforts et de rechercher si possible des solutions nouvelles pour atteindre l’objectif

A suivre …

(1) Cf l’article Afrique subsaharienne : vive le solaire ! paru sur le Blog Regard d’Afrique octobre 2025

Paul Derreumaux

Article publié le 25/06/2026

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