Le mois de juin est une période habituellement très agréable à Paris. La ville enchante les touristes affluant de tous les coins du monde avec, pour chacun, un rêve à transformer en réalité : une promenade en bateau-mouche, la(re)découverte de Notre Dame, des dépenses sans compter dans les Grands Magasins, la photo de mariage devant la Tour Eiffel. Hommes d’affaires et personnages de la jet-set se relaient pour les salons, les défilés de mode, les nouveaux spectacles, les deals à conclure. Malgré leur mauvais caractère, les Parisiens se sentent fiers de cette ivresse qui s’empare de leur ville. S’ils souffrent des embouteillages encore plus grands qu’à l’accoutumée, ils se consolent en préparant leurs vacances si proches.
Pourtant, cette année, ces habituels agréments estivaux sont assombris par les préoccupations des Français sur leur quotidien et leur futur. Trois d’entre elles reviennent surtout dans les esprits.
La gouvernance publique d’abord. Depuis plus de deux ans, la dissolution surprise de l’Assemblée Nationale a achevé l’affaiblissement de l’exécutif entamé depuis 2022, face à deux Assemblées de plus en plus fracturées et promptes aux surenchères. Cette situation, inédite depuis près de 70 ans, produit des effets toujours plus nocifs : fragilité croissante des gouvernements, longs à former et faciles à détruire ; difficulté de voter les budgets annuels et, surtout, de leur donner rigueur et ambition ; impossibilité de réaliser des réformes de fond, désagréables mais nécessaires, telle celles des retraites ou de la maîtrise de la dette publique ; complexité pour les entreprises de fonctionner et d’investir. Ces constats déconcertent beaucoup de citoyens, habitués à une stabilité rassurante, et désolés de comprendre que ce désordre intérieur réduit l’audience de la France dans le monde, à laquelle ils sont attachés.
La fièvre internationale ensuite. Depuis 18 mois, le Président des Etats-Unis définit et applique de nouvelles règles, mouvantes à l’extrême, malmenant allègrement ses alliés de toujours. La France et l’Europe sont notamment visées par la guerre commerciale qu’il ouvre à sa guise, par ses vues sur le Gröenland, par ses critiques contre la démocratie du Vieux Continent. Il décide seul en février dernier d’accompagner Israël dans une guerre contre l’Iran, dont les conséquences affecteront durablement le monde entier, puis convient seul d’un cessez-le-feu, dont le contenu et la portée paraissent pour le moins fragiles, avant de le remettre en question. Devant ces actions inédites et illisibles, les commentateurs les plus bavards arrivent aux mêmes conclusions que les citoyens ordinaires : les positions virevoltantes des Etats-Unis ne joueront pas à terme en leur faveur, ni en celle de l’Occident. Face à eux, l’Union Européenne ne parvient cependant pas encore à offrir une alternative crédible, malgré ses efforts actuels, ni en économie ni en politique, et s’inquiète toujours de l’agression de la Russie sur l’Ukraine à ses portes
La vie de tous les jours, enfin. La guerre en Iran a entrainé pendant plusieurs mois des hausses du carburant à des niveaux oubliés, qu’un Etat aux moyens financiers très limités n’a pu compenser. Depuis juin, trois longs épisodes de canicule ont détérioré la santé et le moral des citadins, frappé de multiples activités, et montré l’ampleur des investissements d’adaptation que tous les acteurs auront à faire. Les avertissements répétés sur le déficit de la Sécurité Sociale, les contraintes financières des hôpitaux publics et d’autres déséquilibres sont autant de menaces pesant sur un modèle social qui paraissait inviolable. L’actualité a aussi remis en avant pêle-mêle en fin de semestre les failles de la justice dans la gestion des délinquants sexuels, des violences urbaines répétées et gratuites et la hausse des défaillances d’entreprises.
La plongée dans l’univers déstressant des congés est donc une aspiration plus forte que jamais. Il sera plus facile de supporter les fortes chaleurs à la montagne ou à la plage et d’y oublier tout le reste. Mais l’entracte sera bref. La circulation dans Paris montre que les vacances pourraient être plus courtes en 2026, pouvoir d’achat oblige. De plus, les armes s’affutent déjà pour le prochain débat majeur : la bataille des Présidentielles 2027. A l’extrémité de la droite, la candidate miraculeusement rescapée d’une élimination juridique, appuyée sur une base structurée et fidèle, croit en sa victoire sans rassurer sur la qualité de l’avenir qu’elle veut offrir. A l’extrémité de la gauche, un autre candidat peine à habiller de cohérence un programme irréaliste et comportant des amitiés dangereuses. Entre les deux, on ne s’accorde encore ni sur les candidats, ni sur les programmes, ni sur les décisions douloureuses à faire accepter pour construire un futur plus solide. Il sera vraiment difficile d’éviter à la rentrée une nouvelle plongée dans de grandes interrogations.
Paul Derreumaux
Publié le 20/07/2026