Les informations qui s’égrènent sur la situation des banques cotées au 30 juin 2026 suivent la même tendance que celles des années précédentes et pourraient même dépasser les données records de 2025. C’est particulièrement vrai pour l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), où les résultats déjà affichés mettent souvent en évidence des indicateurs encore en progrès. Mais les autres zones ne sont pas en reste comme le démontre la holding ETI du Groupe Ecobank : les performances de ses entités en Afrique de l’Est et Australe seraient au 30 juin dernier au moins aussi bonnes que celles d’Afrique de l’Ouest francophone, en tête les années précédentes.
Cette succession de bénéfices annuels de plus en plus imposants, depuis au moins le début des années 2020, donne cette année encore aux banques subsahariennes la capacité de poursuivre des objectifs variés. Trois d’entre eux paraissent occuper dans toute la profession une place essentielle.
Le premier est celui d’une rémunération alléchante des actionnaires. Dans l’UEMOA, des dividendes d’au moins 50% des bénéfices nets sont devenus une norme courante, parfois largement dépassée. Les standards de rentabilité fixés par les holdings de tête, l’effet espéré sur les cours des institutions cotées, la volonté de stabilisation des rendements même en cas de contraction des résultats expliquent cette tendance haussière face à une bonne santé financière qui se prolonge dans une bonne stabilité monétaire. Ailleurs, c’est une inflation atténuée et une volatilité réduite des monnaies locales qui favorisent une meilleure rémunération des actionnaires, comme au Ghana, au Kenya ou au Nigéria, même si sa part dans les bénéfices – de 25 à 40% en moyenne- demeure plus modérée qu’en zone francophone, avec quelques exceptions tel le ratio de 95% appliqué par Stanbic à Nairobi pour 2025.
L’intensification des projets d’expansion géographique constitue une deuxième visée principale dans des systèmes bancaires où la concurrence s’aiguise partout. C’est la préoccupation de certains des plus importants groupes actuels qui poursuivent leur élargissement, comme le nigérian Zenith Bank en Côte d’Ivoire, le kenyan Equity Bank en Afrique Centrale ou le sud-africain Nedbank qui rachète NCBA, 10ème banque kenyane. Mais c’est aussi vrai pour des réseaux plus récents tels le burkinabé Coris Bank qui prévoit de s’installer au Cameroun et en Centrafrique et l’ivoirien Bridge Bank qui annonce de nouvelles implantations au Burkina Faso et en Guinée. Cette boulimie d’agrandissement des périmètres s’effectue, selon les possibilités locales, par des créations ou des rachats, tous deux toujours plus coûteux et longs à réaliser, ou des fusions que seul le monde anglophone applique jusqu’ici.
Enfin, chaque établissement est contraint à donner une priorité accrue à ses mutations technologiques. Celles-ci ont d’abord concerné le renforcement de l’automatisation de nombreux traitements comptables ou de contrôle, mais s’étendent désormais à la transformation des pratiques commerciales à travers la digitalisation des relations courantes avec la clientèle. Cette dernière est devenue cruciale après le retard, depuis les années 2010, pris par rapport aux filiales des sociétés de télécommunication et aux nombreuses fintech qui ont fait irruption dans les instruments de paiement avec des systèmes novateurs et souvent sophistiqués. Enfin, le lancement par un nombre croissant de Banques Centrales de l’interopérabilité des systèmes financiers locaux, à des fins de contrôle et d’inclusion, impose aussi d’autres adaptations techniques non reportables. De lourds investissements sont donc menés à marche forcée sur tout le continent d’abord par les réseaux les plus puissants, mais aussi par certaines banques régionales pour répondre à ces divers défis.
Même s’ils sont pris en compte partout, ces trois besoins stratégiques bénéficient d’une priorité variable selon les banques mais aussi selon les environnements économiques et financiers et selon les dispositions réglementaires. Les écarts constatés pourraient avoir à terme des effets sur la puissance relative des acteurs bancaires continentaux et sur leur contribution au financement des économies ( A suivre)
- Cf. Banques de l’UEMOA : Un ciel sans nuages (Post du 4 juin 2026)
Paul Derreumaux
Article publié le 26/08/2026