Banques Africaines : pas grand-chose à craindre du « Brexit » !

Banques Africaines : pas grand-chose à craindre du « Brexit » !

 

Le « Brexit » est-il une menace directe pour les banques africaines ? Un évènement apparemment aussi majeur appelle évidemment cette question. En particulier, le poids du pays au sein de l’Europe et ses liens économiques et politiques étroits avec une bonne partie des nations africaines provoquent de légitimes inquiétudes. Trois raisons principales conduisent cependant à une réponse plutôt négative à la question posée.

D’abord, le contour exact de ce « Brexit » n’est pas encore défini et pourrait se réduire comme « peau de chagrin ». Une fois le geste décisif accompli, les britanniques sont tombés dans la sidération face à leur audace et semblent chercher tous les moyens pour en réduire les conséquences. Si, malgré tout, la rupture prend forme, le Royaume Uni tentera de préserver tous les atouts dont il disposait et qui n’étaient pas directement liés à sa présence dans l’Union Européenne (UE). C’est particulièrement vrai pour la City, un des joyaux économiques du pays. Pour ce qui la concerne, sa puissance actuelle et la qualité de son dispositif devraient lui permettre de rester une plaque tournante majeure des flux financiers mondiaux, et notamment extra-européens. Ceux-qui attendent son rapide effritement pourraient en être pour leurs frais. De plus, l’Etat est sans doute prêt à d’importants sacrifices pour maintenir l’attractivité du pays comme le montre l’annonce d’une forte baisse possible de l’impôt sur les sociétés. Les grands groupes bancaires africains – surtout sud-africains et nigérians – présents à Londres resteront donc sans doute fidèles à la City et en retireront des services inchangés et adaptés à leurs besoins. Tout au plus pourraient-ils chercher dans le futur sur une autre place européenne, si besoin est, comment diversifier le dénouement de leurs opérations avec le vieux continent.

En second lieu, les relations entre banques sont régies davantage par les règles bancaires internationales que par l’appartenance ou non à un ensemble géographique et il n’est pas possible de s’en extraire comme la Grande-Bretagne vient de le faire de l’UE. Les banques anglaises n’auront donc pas plus de réticence qu’auparavant à traiter les opérations des banques africaines si les ratios prudentiels de celles-ci comme les indices de croissance de leurs pays respectifs continuent à s’améliorer. Au contraire, la recherche probable de nouvelles opérations pour compenser celles qui leur échapperaient désormais avec l’Europe pourrait les amener à se tourner davantage vers les meilleures banques subsahariennes ou vers les opérations africaines, dès lors que ces activités sont confortables aves leurs contraintes réglementaires. En la matière, la banque Centrale d’Angleterre a déjà indiqué sa disponibilité à apporter aux banques les ressources de refinancement qui pourraient leur manquer à l’avenir. En retour, les banques africaines, surtout anglophones, continueront à saisir au maximum toutes les perspectives offertes par la place de Londres pour soutenir leur croissance. On peut par ailleurs se demander si le « Brexit » amènera Barclays Bank à annuler ou à suspendre la réalisation intégrale de son projet de vente de son réseau africain, l’un des plus grands et des plus performants du continent. Le maintien de celui-ci, au lieu de son possible dépeçage, pourrait rendre un bon service à l’Afrique.

Enfin, l’Angleterre mène de longue date une politique active de financement du développement grâce à des institutions de grande taille  et expérimentées. Cette tradition lui a donné une place notable dans les instances analogues de l’UE sans que disparaissent toutefois des structures de premier plan comme la Commonwealth Development Corporation (CDC). Celle-ci est spécialement active en Afrique et dans le secteur financier. La position à venir de la Grande Bretagne, extérieure à l’UE, l’amènera sans doute à accroitre encore les actions de la CDC et les opérations de celle-ci aux banques subsahariennes. Elle y sera poussée à la fois par les liens historiques du pays avec le continent et son savoir-faire dans cet espace géographique, mais aussi par son souci de profiter au maximum des opportunités offertes par une zone où la croissance résiste. Ce rééquilibre pourrait s’exercer de même pour les banques africaines, le partenariat et l’appui dont elles peuvent bénéficier déplaçant seulement en partie son origine à l’extérieur de l’UE.

Le « Brexit » devrait donc rester avant tout, vu des établissements bancaires subsahariens, une affaire intra-européenne. L’évènement ne modifie en effet en rien, ni les contraintes et les préoccupations des composantes du système bancaire mondial, ni le rôle clé que le renforcement des systèmes bancaires nationaux joue dans le développement de l’Afrique  sur lequel le monde « développé » compte désormais beaucoup.  

Paul Derreumaux

juillet 2016

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