Dans l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), les banques commerciales devraient avoir connu en 2025, comme depuis 2021, une croissance honorable et des profits élevés, même si les performances sont inégalement réparties entre pays. Ainsi renforcées, elles auront au moins trois défis à relever en 2026 : une conjoncture plus hésitante dans une concurrence durcie ; la nécessité d’investissements technologiques alourdis ; l’entrée dans une interopérabilité aux effets incertains.
Même si l’évolution projetée du PIB pour l’année nouvelle est en ligne avec le momentum qui la caractérise depuis plus d’une décennie, plusieurs facteurs pourraient l’infléchir. L’un, économique, est lié aux incertitudes internationales et, surtout, aux difficultés conjoncturelles de quelques pays de l’Union qui pénaliseraient des perspectives prometteuses à court terme, notamment minières dans plusieurs pays. L’autre, politique, s’observe dans une communauté régionale moins soudée, qui rend difficile la mise en œuvre par l’UEMOA de grands projets d’investissement publics, d’énergie ou d’infrastructure par exemple, propres à stimuler le développement. Le dernier est sécuritaire au vu de l’emprise élargie du terrorisme/banditisme incrusté dans la région, qui développe ses impacts négatifs sociétaux et économiques. Dans le même temps, le paysage bancaire régional pourrait accueillir en 2026 quelques nouvelles entités, surtout créées ex nihilo. Si ces schémas sont confirmés, la compétition serait encore modérément durcie dans un environnement moins assuré.La cession par la Société Générale de ses deux filiales ivoirienne et sénégalaise,et les restructurations majeures des groupes Orabank et, surtout, Ecobank, ne semblent au contraire pas immédiates, laissant à plus tard ces révisions en profondeur du système bancaire régional.
En revanche, celui-ci aurait besoin de consolidation dès 2026 dans plusieurs grands domaines technologiques : automatisation accrue de ses processus pour gagner en temps, efficacité et sécurité ; digitalisation des relations avec la clientèle pour des objectifs de productivité et d’attractivité ; exploitation des possibilités offertes par l’Intelligence Artificielle (IA) pour, par exemple, le choix des cibles commerciales et la sélection des emprunteurs. L’accélération de ces investissements est doublement indispensable : suivre dans la région l’élévation continue des standards internationaux de la profession sur ces différents plans, comme on l’observe dans d’autres pays africains ; rattraper le retard pris dans les moyens de paiement par rapport à de nouveaux acteurs -Emetteurs de Monnaie Electronique (EME) et toutes formes de fintech- qui doivent leurs succès à cette approche de la clientèle et à la force de leurs systèmes informatiques. Beaucoup des investissements entrant dans ce cadre sont fort couteux, complexes et parfois encore en cours de mise au point. Ils requièrent donc des ressources financières et humaines et des volumes d’activité plus accessibles aux groupes les plus puissants et aux implantations multiples, ce qui pourrait élargir les inégalités entre banques et entre pays.
Enfin, le système bancaire régional effectuera en 2026 un saut dans l’inconnu avec l’entrée en vigueur de l’interopérabilité, initiée depuis septembre dernier. Cette nouvelle plateforme informatique, impulsée et gérée par la Banque Centrale, permet à tous -particuliers comme entreprises- d’effectuer en permanence des paiements dans toute l’Union, de façon instantanée et sécurisée, par le canal de tout prestataire de paiement agréé. Conçue pour renforcer l’inclusion financière par ses coûts réglementés, elle vise aussi un meilleur contrôle des Autorités monétaires sur toutes ces opérations et l’interconnexion des divers circuits possibles alors que le foisonnement des intervenants actuels tend à fragmenter ceux-ci. Avant-gardiste, ce système peut générer des économies pour la clientèle et des gains de productivité pour la profession. Il met en concurrence directe toutes les composantes de celle-ci qui disposent chacune d’atouts variés : les banques, acteur majeur, auront un rôle obligatoire de sponsors des autres participants ; les sociétés de microfinance ont l’avantage de leur large clientèle ; les EME ont ceux de leurs immenses réseaux et de leur niveau technique. La complexité du nouveau système entrainera une période inévitable de tâtonnements et de montée en force de l’utilisation par le public. Elle pourrait durer une bonne partie de 2026, mais l’impact futur devrait être notable, sans que les gagnants et les perdants puissent être identifiés avec certitude.
Ces défis n’enlèveront pas les préoccupations déjà connues. Les banques auront ainsi à tenter d’apporter des réponses à la demande constante d’un financement plus important des économies. Il leur faudra aussi s’attendre à un ajustement à bref délai des exigences réglementaires : la toute récente augmentation à 25 milliards FCFA du capital minimum des banques d’Afrique centrale francophone montre que la course aux fonds propres est loin d’être terminée….
Paul Derreumaux
Article publié le 05/01/2026