Croissance économique 2026 : L’Afrique en tête ?

Reprenant les dernières prévisions de la Banque Mondiale, du Fonds Monétaire International comme de l’Agence Française de Développement, des médias ont souligné les belles performances annoncées pour la progression du Produit Intérieur Brut (PIB) des pays africains pour l’année 2026. Dans la zone subsaharienne en particulier, ce rythme de progression serait proche de 4,5%, en hausse sensible par rapport aux années précédentes, et du même ordre que celui de l’Asie, qui bénéfice toujours d’une croissance indienne de plus de 6%.

Ces projections s’appuient sur des fondements tangibles. Plusieurs composantes des PIB renforcent leur dynamisme : l’agriculture, soutenue en particulier par une poussée démographique de plus de 2% par an en moyenne ; les produits pétroliers et miniers favorisés selon les cas par les hausses des prix mondiaux -or, cuivre, métaux rares- et de nombreuses découvertes de nouveaux gisements -pétrole, gaz, or, minéraux divers ; les investissements en infrastructures, notamment pour l’énergie et les transports, intensifiés et accélérés.  Dans le même temps, les réformes menées ont généré des améliorations macroéconomiques dans un nombre croissant de pays : repli des taux d’intérêt, recul de l’inflation, revalorisation des monnaies locales ; optimisation de l’endettement extérieur par des restructurations ; amélioration des équilibres budgétaires. Plusieurs des principales puissances économiques du continent participent, à des degrés divers, à cette embellie et en renforcent la signification : Nigéria, Afrique du Sud, mais aussi Côte d’Ivoire et Kenya par exemple.

Cette performance globale espérée pour 2026 mérite bien d’être saluée à sa juste valeur après presque 10 ans d’une croissance plus atone. Elle doit toutefois être replacée aussi dans son contexte. Deux facteurs externes amplifient d’abord certaines des avancées constatées : le rebasage récent, et souvent justifié, des modes de calcul du PIB en divers pays, tels le Nigéria et le Sénégal, qui rend plus difficiles les comparaisons dans le temps ; la baisse du dollar US en 2025, unité monétaire de comparaison, par rapport à beaucoup monnaies africaines. Surtout, d’autres indicateurs montrent l’importance du chemin restant à parcourir. Ainsi, tandis que la croissance se consolide en Afrique, l’extrême pauvreté s’y étend également : selon la Banque Mondiale, le continent, et notamment la zone subsaharienne, regrouperait une part croissante des personnes incluses dans cette catégorie -jusqu’à 70% du total mondial, contre environ 40% en 2015-et cette pauvreté touche principalement les zones rurales, les jeunes et, de plus en plus les zones urbaines. De plus, le fort accroissement annuel des populations, autre particularité de l’Afrique, réduit sensiblement la croissance du PIB/tête : en moyenne, celle-ci ne dépasserait pas 2,5% avec les prévisions formulées.          

Pour que la situation se modifie, la richesse produite exprimée dans le PIB doit se transformer en un véritable développement économique et social. Les conditions requises pour ce résultat sont connues de longue date, mais visiblement difficiles à réunir. Le rebond prévu du PIB pourrait être l’occasion d’accélérer leur mise en œuvre. Six directions apparaissent essentielles à suivre. D’abord, obtenir des Autorités politiques une vision d’ensemble à moyen terme du pays, à la fois ambitieuse mais viable, traduite en programmes d’actions et en étapes crédibles et suivies avec rigueur, afin d’obtenir l’adhésion et la mobilisation indispensables d’une large partie des acteurs économiques et des citoyens. En même temps, accroitre l’attention portée par les Etats aux questions économiques et sociales et au rôle central qu’ils y jouent : création d’un environnement stimulant pour les entreprises, soutien à la modernisation et à la structuration des appareils économiques, plein accomplissement de toutes les responsabilités régaliennes, lutte contre les inégalités excessives, refus de l’impunité de la corruption. En troisième lieu, prioriser et intensifier des investissements critiques, en particulier dans l’éducation, générale comme professionnelle, l’énergie et les transports.  Leurs effets positifs devraient être rapides et visibles dans tous les secteurs d’activité : augmentation des qualifications, et donc de la productivité ; meilleur accès et coût plus réduit des ressources énergétiques ; facilitation des échanges commerciaux et d’un aménagement du territoire plus favorable à l’ensemble du pays. Ensuite, faciliter et soutenir le secteur privé moderne dans son rôle irremplaçable de création de richesse, de recherche de gains de productivité, d’initiateur d’innovations, d’offre d’emplois qualifiés, De plus, participer à la mobilisation de financements accrus pour ce développement, autant par un meilleur rendement de la fiscalité, actuellement très insuffisant, que par l’optimisation du niveau et du coût de la dette, et la pertinence de l’emploi des fonds publics. Enfin, sans renoncer à la préservation légitime de la souveraineté nationale, rechercher toutes les coopérations financières et techniques possibles pour accélérer les réformes et investissements indispensables, au niveau régional aussi bien qu’à l’international. 

Un tour d’horizon montre que ces exigences ne sont encore appliquées que par un nombre restreint de nations subsahariennes. La Côte d’Ivoire, l’Ethiopie, le Ghana, le Kenya semblent par exemple suivre plusieurs des orientations rappelées ci-avant, sans que celles-ci aient nécessairement la permanence, la complétude ou la force qui garantiraient l’irréversibilité de ces avancées. Des pas supplémentaires sont donc encore à franchir pour consolider la bonne surprise de 2026. Déjà dans les années 1990, un objectif de croissance annuelle du PIB de 7% était présenté comme un strict minimum pour que se réalisent dans les pays africains les réformes nécessaires pour atteindre l’Emergence.          

Paul Derreumaux

Article publié le 19/02/2026

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