En cette époque des vœux, osons en formuler trois qui devraient être bénéfiques pour toutes les nations du continent, sans aller à l’encontre des intérêts particuliers de certaines d’entre elles.
Le premier est le renforcement, ou la relance parfois, des communautés régionales à vocation économique. Elles ont déjà été à la base d’importants progrès pour les Etats, les entreprises et les citoyens qui en font partie : meilleure liberté de circulation des personnes et des biens, réalisation de grands projets collectifs, programmes de convergence des économies, ..Ces avantages acquis ne paraissent pas être remis en cause malgré les tensions récemment apparues au sein de certaines de ces structures. Cette consolidation communautaire n’est pas non plus contradictoire au principe de souveraineté qui anime un nombre croissant de nations et est justifié par les nombreux échecs des politiques d’aide publique au développement et de partenariats extérieurs. L’ambition serait de rendre cette souveraineté plus performante dans les domaines où une action commune autorise la mutualisation des efforts et une plus grande envergure des projets. Ainsi, la réalisation d’infrastructures utiles à plusieurs pays -routes, ports, infrastructures numériques,,…- profiterait aux entreprises comme aux populations. L’engagement d’une meilleure répartition des investissements productifs entre membres de la communauté apporterait une croissance plus rapide des entreprises concernées, une distribution mieux partagée des créations d’emplois et l’expansion des échanges intracommunautaires. La volonté affirmée d’une identité régionale pourrait conduire à des actions de solidarité profitables à tous, tels des investissements réduisant les handicaps des pays enclavés ou des mécanismes de compensation des coûts d’approche. La présence d’institutions régionales de financement faciliterait la concrétisation de tels programmes. Cette discipline collective donnerait enfin des capacités de négociation plus solides vis-à-vis de l’étranger et favoriserait les chantiers de moyen terme comme une monnaie commune ou le succès de la ZLECAF.
Le second est le bond en avant dans l’utilisation des énergies renouvelables, et surtout solaires. L’Afrique dispose ici d’un avantage comparatif sans doute unique au monde par la qualité et la généralité de son ensoleillement. Mais elle peut aussi bénéficier désormais de trois atouts additionnels : des financements croissants de nombre d’institutions internationales et régionales pour de tels investissements ; la forte baisse des prix de vente de ces équipements par la Chine, premier producteur mondial, qui les rend désormais bien compétitifs ; la parfaite divisibilité de cette énergie, adaptée aussi bien aux installations individuelles qu’aux grandes centrales. Le continent peut exploiter cette nouvelle donne pour rattraper son grand retard énergétique, qui pénalise, voire empêche, de nombreuses initiatives. Le mouvement est déjà bien engagé. De nombreuses nouvelles centrales solaires sont opérationnelles ou en construction dans des pays fort différents : de l’Afrique du Sud au Burkina Faso, de la Cote d’Ivoire à la Zambie par exemple. En Sierra-Léone, au Mali ou ailleurs, les ménages urbains ont investi eux-mêmes à tout va en panneaux solaires, sommaires ou de belle taille, pour échapper aux crises énergétiques qui se prolongent. L’Afrique peut faire en quelques années un bond dans au moins trois domaines, qui autoriseront d’autres avancées. Le premier est celui de la disponibilité accrue d’une énergie électrique moins coûteuse, accessible au plus grand nombre, base indispensable pour tous investissements économiques et tous progrès sociaux. Un autre est celui d’une révolution agricole par une irrigation plus facile et économique -forages et pompes solaires-, génératrice d’une meilleure productivité, de revenus supplémentaires pour les paysans et d’activités de transformation dans les campagnes. Le troisième est celui de l’introduction rapide de véhicules électriques, génératrice d’une mobilité urbaine propre, à laquelle certains s’essaient déjà.
Le troisième est celui d’actions concrètes et intensifiées au profit d’une jeunesse qui rassemble souvent plus de 50% de chaque population nationale. Celle-ci, de mieux en mieux informée de l’évolution du monde et de ce qu’il offre ailleurs à ses semblables, s’efforce de dompter son impatience, parfois sa colère, sans se résigner. Mais elle voit que les formations, chèrement payées par la famille, la conduisent rarement à des emplois décents, trop rares et décalés par rapport aux savoirs acquis. Face aux urgences de toutes sortes, il est certain que les Etats ne peuvent régler d’un coup tous les problèmes. Mais les parents et les jeunes sont capables de mesurer la réalité et l’utilité des efforts accomplis pour engager les solutions attendues. En la matière, plusieurs politiques, non exclusives, pourraient être adoptées. L’une consisterait en une adaptation urgente des programmes à des besoins essentiels du pays : formations scientifiques privilégiées dans l’enseignement général, formations pratiques pour des ouvriers qualifiés, des ingénieurs, des gestionnaires, des informaticiens dans l’enseignement professionnel. Une autre résiderait dans l’essor de partenariats tous azimuts avec les grandes entreprises locales pour le financement de formations qu’elles attendent et avec l’étranger pour la prise en charge de bourses et l’accueil d’étudiants. De même, des échanges temporaires d’enseignants apporteraient aux professeurs comme aux étudiants africains les connaissances les plus actualisées. Une quatrième pourrait être conduite à travers l’augmentation massive des soutiens aux petites entreprises formelles promues par des jeunes, notamment dans la transformation de produits agricoles locaux. Une dernière, essentielle, serait la facilitation de l’accès des jeunes filles aux enseignements et aux postes de travail. Plus les résultats de ces actions seront visibles, plus vite sera rendu l’espoir aux millions de jeunes qui jouent leur avenir et sont celui de leurs pays.
Puissent ces vœux, s’ils sont partagés, voir en 2026 des débuts consistants de réalisation !
Paul Derreumaux
Article publié le 13/01/2026