L’Afrique face aux nouveaux challenges du Président OBAMA ?

Article paru le 29/01 dans

Le Cercle des Echos

 

 

L’Afrique & les nouveaux challenges américains.

LE CERCLE : Avec la réélection du Président Obama, les Etats-Unis viennent d’éviter l’aventure. Ils doivent maintenant gérer en même temps trois défis essentiels : consolider une unité nationale malmenée par la crise économique ; apporter des solutions aux nombreuses sources de tension qui secouent la planète ; gérer au mieux la perte inévitable du statut de seule « super-puissance ». L’Afrique pourrait tirer davantage profit de cette nouvelle situation qu’elle ne l’a fait jusqu’ici.

La première visite du Président réélu s’est déroulée en Birmanie, loin de l’Afrique.

Le candidat Romney proposait à ses électeurs de restaurer un pays invincible, gendarme du monde, champion du libéralisme, donnant la priorité à la satisfaction des souhaits de quelques secteurs tels ceux des finances et du pétrole. Son analyse allait à contrecourant d’un examen sérieux de la situation des Etats-Unis et de l’évolution du monde : elle se fondait sur le passé et s’accommodait mal du présent et des tendances déjà perceptibles de l’avenir. Même s’il est probable que l’épreuve des faits aurait probablement amené une inflexion de ses idées initiales, Matt Romney risquait fort de privilégier une politique de va-t-en guerre à l’étranger et d’affrontement des classes sociales à l’intérieur. Le parcours professionnel et personnel de M. Romney explique sans doute cette erreur de jugement. Pourtant, environ 50% des Américains pensent encore comme lui. Ils ont failli l’emporter et entrainer les Etats-Unis, et le monde avec eux, dans une période de possibles revirements profonds par rapport au passé récent, générateurs d’inconnues majeures et de risques accrus de crises, alors que les tensions se sont récemment fortement renforcées dans diverses régions du globe.

Le Président Obama a donc manqué de peu de perdre sa réélection. Seule sa compréhension très pertinente – ou celle de ses conseillers – des forces électorales en présence lui a permis de l’emporter. Les analyses publiées de la décomposition des votes montrent en effet clairement que sa victoire est essentiellement due au choix en sa faveur des minorités ethniques – afro-américains, latino-américains -, des classes sociales les plus touchées par la crise économique et des femmes qui, comme chacun sait, ont une meilleure intuition en de nombreux domaines. L’expérience acquise et, surtout, le charisme du brillant avocat de Chicago ont fait le reste et l’ont amené à recueillir juste 50,4% des votes des Américains.

L’élection de M. Obama permet donc de croire en une certaine continuité de la politique menée depuis 2008. Pourtant, ainsi porté aux commandes pour « quatre années de plus », le Président devra naviguer sur une mer particulièrement agitée par diverses tempêtes et réaliser une mutation capitale. Sa réussite dépendra en effet de sa capacité à rapprocher les deux composantes d’une nation désormais fortement divisée et à faire admettre dans son pays que les Etats-Unis ne peuvent plus imposer leur loi au monde entier ; mais il devra en même temps continuer à peser avec suffisamment de poids à l’étranger pour gérer les nombreuses situations de crises et de dangers et esquisser le rôle futur possible d’un très grand pays qui aurait cependant quitté le statut de « super-puissance ».

Au plan intérieur :

Au plan intérieur, le Président réélu doit avant tout réussir à remobiliser à ses côtés l’Amérique blanche et profondément libérale des Républicains, sans décourager ceux qui l’ont élu et souhaitent avant tout un approfondissement de la justice raciale et sociale, même au prix d’une plus grande intervention de l’Etat. Le règlement effectif de la question de la « falaise fiscale » et du niveau de la dette sera à très bref délai un bon indice de sa capacité à reconstruire une meilleure unité au service de la nation tout entière. Les répits obtenus fin décembre 2012 dans cette espèce de « thriller » financier ne sont que temporaires et devront être encore confirmés à bref délai. La conjoncture économique, toujours incertaine et soutenue par une politique monétaire très accommodante et par un dollar affaibli par rapport à l’euro, n’a pas repris suffisamment de couleurs pour réduire le chômage comme souhaité : l’appui aux entreprises aura donc à être poursuivi et peut-être renforcé, simultanément à la réalisation de grandes réformes sociales et fiscales, engagées avec difficulté en 2012 mais qui doivent être approfondies pour répondre aux attentes du plus grand nombre. Les excès possibles du système financier, très meurtriers pour l’économie mondiale depuis 2008, continuent à être menaçants : ils imposent des garde-fous difficiles à adopter dans un environnement très favorable au libéralisme, mais décisifs pour l’avenir du système. La remarquable capacité innovatrice des sociétés américaines sera d’autant plus utile qu’elle sera davantage orientée vers des secteurs et des objectifs socialement prioritaires et permettra d’éviter un élargissement continu des inégalités.

Au plan étranger :

Au plan étranger, les Etats-Unis vont avoir à confirmer une grande fermeté sur tous les dossiers sensibles tout en évitant si possible les déflagrations. Les rapports avec la Chine risquent par exemple d’achopper sur un spectre de plus en plus large de sujets au fur et à mesure que la croissance économique de celle-ci renforcera son sentiment de puissance politique de tout premier rang. La sortie programmée de l’armée américaine du bourbier de l’Afghanistan pour fin 2014 va conduire à une situation difficilement prévisible de ce pays et de ceux qui l’entourent : elle exigera très certainement la mise en place de nouveaux verrous pour éviter l’aggravation d’une instabilité régionale déjà forte et susceptible de répercussions sur une bonne partie du continent asiatique. Les tensions extrêmes avec l’Iran durant le premier mandat du Président Obama pourraient être atténuées, mais se déplacer vers des relations encore plus complexes et heurtées qu’auparavant avec l’ensemble du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord : la guerre civile persistante en Syrie, la montée en force des partis islamiques dans plusieurs pays à la suite du « printemps arabe », la position toujours très dure qu’adopte Israêl pour sa survie dans son environnement hostile, les objectifs peu transparents de nouveaux acteurs importants comme le Qatar constituent en effet un patchwork explosif. Dans l’ensemble du monde, la menace terroriste va malheureusement demeurer majeure dans les années à venir et requérir, en particulier de pays comme les Etats-Unis, une vigilance extrême. Dans ce monde instable et de plus en plus multipolaire, la primauté économique des Etats-Unis va s’estomper progressivement et leur intérêt est donc de consolider des liens avec des parties du monde les moins favorisées où leur influence pourrait rester prédominante sur une longue période.

En la matière, l’Afrique avait paru un objectif géographique privilégié avec la visite prioritaire que le Président Obama avait accordée à l’Egypte et au Ghana en 2009. Même s‘il a manqué ensuite une grande initiative pour le continent que beaucoup espéraient, le régime préférentiel de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) et les programmes de « Millenium Challenge Account (MCA) », instruments innovants instaurés respectivement depuis 2000 et 2002, se sont poursuivis et étendus à un nombre croissant de pays africains. Ils ont aussi montré globalement leur efficacité : la focalisation spécifique sur les infrastructures et les questions foncières pour les MCA et l’encouragement des industries exportatrices pour l’AGOA étaient en effet des cibles à fort impact économique et social. Durant les quatre ans qui viennent de s’écouler, le continent a certes réalisé d’importants progrès en termes de croissance économique. Mais l’Afrique a aussi connu de nombreuses crises et entraîné diverses déceptions, surtout sur le plan politique. Les « sanctions » ont été rapides : Madagascar ne bénéficie plus de l’AGOA depuis 2010 et le MCA a été brutalement stoppé au Mali en 2012.

La première visite du Président réélu s’est déroulée en Birmanie, loin de l’Afrique.

Ce déplacement doit être médité : à l’heure où le continent éveille une multiplication d’intérêts et d’appétits, il a intérêt à diversifier au maximum ses partenaires pour que la stratégie de son développement ne lui soit pas imposée par une puissance en position de monopole. L’aide de la première puissance économique continue donc à rester pertinente, même et surtout si d’autres partenariats sont désormais possibles. Certes les Etats-Unis agissent en fonction de leurs intérêts : mais leur mot d’ordre du « Trade not Aid » l’affirme avec transparence, et autorise aussi clairement que les bénéfices soient mutuels.

Certains pays africains l’ont bien compris et déroulent, avec plus ou moins de succès selon les cas, les programmes déjà lancés et préparent déjà parfois leur renouvellement. Mais cette situation pourrait être beaucoup plus largement déployée au bénéfice simultané de l’Afrique et des Etats-Unis . Les sommes en jeu restent en effet modestes en comparaison des conséquences positives qui peuvent en résulter pour les pays d’Afrique si ces programmes sont utilisés à bon escient. Les Etats-Unis pourraient de leur côté se féliciter dans quelques décennies d’avoir les relations les meilleures avec le continent qui sera alors la première puissance démographique mondiale.

Paul Derreumaux












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